Tout savoir sur la Waide, le fameux or bleu d’Amiens

La waide, cette petite plante aux fleurs jaunes, cache un pigment bleu légendaire. Surnommée l'or bleu de Picardie, sa richesse a généreusement contribué à la splendeur de la cathédrale d'Amiens ! Longtemps oublié, ce trésor revit aujourd'hui à travers quelques belles initiatives locales, dont les bijoux pigmentés signés Hello So. L'occasion de porter un bout d'histoire Picarde sur soi.

Si vous êtes Amiénois, vous avez sûrement déjà entendu parlé de la Waide Amiens. Pourquoi on parle tant de cet Or Bleu d’Amiens alors que cette plante ne montre que de petites fleurs jaunes dans nos champs Picards ?

C’est tout le mystère de cet or bleu, un pigment végétal nommé « Isatis tinctoria » qui a fait la fortune de la Picardie au Moyen Âge et qui colore aujourd’hui mes bijoux artisanaux Hello So.

On va découvrir ensemble comment la richesse de ces simples feuilles vertes a participé à bâtir et a laissé son empreinte sur notre immense cathédrale Amiénoise. Mais aussi pourquoi ce trésor du patrimoine revient enfin en force dans l’univers de la mode éthique actuelle.

  1. La waide d’Amiens, c’est quoi cette plante mystérieuse ?
  2. L’époque où le bleu faisait la pluie et le beau temps
  3. De la feuille verte au pigment bleu : un sacré chantier
  4. Pourquoi ce bleu vibre encore aujourd’hui ?
fleur de waide
Fleurs de Waide (Isatis tinctoria)

Bijoux fleurs de Waide Picarde

La waide d’Amiens, c’est quoi cette plante mystérieuse ?

Il est temps de s’arrêter sur une plante qui a forgé l’identité d’Amiens et ses alentours depuis le Moyen Âge.

Une plante jaune pour une couleur bleue ?

Connaissez-vous l’Isatis tinctoria ? Elle affiche de petites fleurs jaunes comme le colza (très ressemblantes d’ailleurs !). Pourtant, impossible de deviner son secret bleu au premier coup d’œil, c’est vraiment bien caché.

Le fameux pigment se cache en fait dans les feuilles bien vertes. La plante s’épanouie dans les sols calcaires de Picardie. C’est une culture locale et robuste. Elle est vraiment très résistante.

Pour la récolte, on ne garde que les feuilles. Le jaune des fleurs est joli, mais ce n’est pas lui qui créé le pigment bleu.

La fleur de waide est pourtant un symbole très repris, c’est une fleur à quatre pétales. Garder l’oeil bien ouvert, dans la région cette fleur est très souvent représentée, particulièrement à la Cathédrale d’Amiens. On en reparle plus bas dans cet article.

feuilles de waide
Le pigment bleu est issu des feuilles de la Waide
fleur de waide jaune 4 petales
Fleurs de Waide (4 pétales)
boules de cocagne waide
Arrière plan : Coques de Waide (boules de feuilles fermentées et séchées)

Waide, guède ou pastel : on s’y perd un peu ?

Le terme waide vient du picard. Si vous parlez le français standard, vous direz plutôt la guède. C’est le même végétal avec un accent local très marqué.

Si vous descendez vers Toulouse, on parle de pastel ou de bleu de cocagne. C’est exactement la même espèce botanique, l’Isatis. Le nom change juste selon les régions. C’est une affaire de dialectes, c’est dit.

On comprend mieux les noms.

La waide est au Nord ce que le pastel est au Midi, une seule plante pour une infinité de nuances bleutées.

Dans le Nord on parle de Bleu d’Amiens, et plus au Sud on l’appelle le célèbre Bleu de Cocagne. D’ailleurs, saviez-vous que ce mot « Cocagne » vient directement du nom des « coques », ces petites boules de feuilles écrasées qui faisaient la richesse de la région ? Pour finalement parler du même pigment. Je vous explique plus bas dans cet article.

En résumé, selon les origines, cette même plante verte aux fleurs jaunes et qui donne ce pigment bleu porte plusieurs noms :

  • Latin : Isatis tinctoria
  • Français (standard) : Guède
  • Picard (Nord de la France) : Waide
  • Région toulousaine (Sud de la France) : Pastel (et on parle souvent de Bleu de Cocagne pour le produit fini)
  • Anglais : Woad
  • Celte / Latin antique : Glastum
  • Ancien germanique : Waitzide

L’époque où le bleu faisait la pluie et le beau temps

Cette plante n’était pas qu’une simple herbe des champs, elle était le moteur d’une économie florissante.

Les waidiers, ces marchands qui pesaient lourd

À Amiens, les puissants marchands de waide avaient établi leur quartier général en plein centre-ville, dans la paroisse de Saint-Martin-aux-Waides, laissant le travail de broyage aux moulins du quartier Saint-Leu. S’ils faisaient partie de l’élite politique la plus riche du Moyen Âge, leur commerce rapportait tellement d’or à la ville que la mairie de l’époque les gardait sous une surveillance stricte pour s’assurer qu’ils ne deviennent pas les seuls maîtres à bord !

Le bleu devient soudain la couleur de la royauté. Sous Louis IX, la demande explose littéralement. Les marchands exportent alors massivement vers l’Angleterre et les grandes foires de Paris. C’est le début d’une domination commerciale sans partage.

Ces familles accumulent des richesses folles. Elles dominent le commerce fluvial sur la Somme. Le pigment devient alors « l’or bleu » de toute la région picarde.

  • D’où l’importance du quartier Saint-Leu
  • Et l’exportation vers Londres
  • Sans oublier la récupération de la taxe sur la waide à Picquigny (entre Amiens et Abbeville)

Une cathédrale d’Amiens bâtie grâce à des boules de pâte

On a longtemps cru que le financement de la Cathédrale d’Amiens reposait principalement sur eux, mais c’est une idée reçue ! S’il est certain qu’ils ont offert de très belles sommes, la majorité des fonds provenait en réalité du « chapitre cathédral » (les religieux) et de leurs revenus fonciers. Les waidiers ont tout de même généreusement participé à la splendeur de l’édifice, aux côtés d’autres confréries et pèlerins.

Regardez bien les sculptures : on y voit deux personnages encadrant un sac rempli de coques de waide, comme s’ils en faisaient l’offrande. C’est l’histoire de la waide gravée dans la pierre.

La chapelle Saint-Nicolas mérite aussi votre attention. C’est le patron des waidiers et des mariniers. Un hommage durable reste ainsi gravé dans la pierre de la cathédrale picarde pour l’éternité.

marchands de waide wadiers
Marchands de Waide (Waidiers) sur la Cathédrale, côté Rue Cormont à Amiens
waide sur la cathedrale d amiens
La fleurs aux 4 pétales est partout sur la Cathédrale d’Amiens
fleur de waide symbole cathedrale
Fleurs de Waide aux pieds de la Cathédrale (sous-bassement)

De la feuille verte au pigment bleu : un sacré chantier

Mais comment passait-on concrètement de ces feuilles vertes à cette teinture si convoitée ?

La recette secrète des fameuses cocagnes

On broyait d’abord les feuilles fraîches. Les moulins à waide, souvent gérés par des abbayes, s’en chargeaient. La pulpe obtenue devait ensuite fermenter durant de longues semaines.

Préparez vos nez, l’odeur était épouvantable ! La fermentation de cette pâte végétale dégageait des effluves de putréfaction vraiment insupportables. On récupérait alors cette pâte pour former des boules appelées « coques » en Picardie. C’est d’ailleurs ce terme (traduit par « cocagnes » dans le Sud) qui a donné son nom au fameux « Pays de Cocagne » de la région toulousaine, devenu synonyme d’abondance et de richesse !

Les tourteaux (aussi appelés « coques » ou « cocagnes ») séchaient ensuite. Ces boules devenaient dures comme de la pierre. Elles étaient alors prêtes pour le voyage.

La Waide adore les sols calcaires de la Somme

L’oxydation joue ici le premier rôle. Le tissu sort tout jaune de la cuve de teinture. C’est seulement au contact de l’oxygène qu’il vire miraculeusement au bleu.

La waide est une plante qui prolifère particulièrement bien en terrain calcaire ou crayeux. Un texte historique de 1862 souligne d’ailleurs ce point précis : « La terre calcaire dans laquelle croît le pastel donne à la belle couleur bleue qu’on en retire plus de fixité que les autres sols. » (Source : Livre « L’Or Bleu de Picardie » par Roger WADIER)

La force de l’eau permettait de faire tourner les nombreux moulins à eau (comme les moulins Passe-Avant et Passe-Arrière dans le quartier Saint-Leu) qui servaient à écraser les feuilles de waide. Les teinturiers d’Amiens étaient mondialement réputés.

Mais l’indigo a fini par débarquer et stopper net cette suprématie. Issu d’une plante exotique (l’indigotier), il a remplacé la waide car sa concentration en poudre colorante était nettement supérieure et sa production coloniale coûtait bien moins cher. Notre or bleu picard ne pouvait plus lutter face à ce concurrent.

ÉtapeActionRésultat
BroyageÉcraser les feuillesPulpe végétale
FermentationRepos de la pâteLibération du pigment
Mise en coqueFaçonnage manuelBoules dures transportables
OxydationContact avec l’airRévélation du bleu

Pourquoi ce bleu vibre encore aujourd’hui ?

Longtemps oubliée, elle a été remplacé par le pigment Indigo, moins cher, plus facile à produire. Mais la waide commence à connaître aujourd’hui un renouveau passionnant dans l’artisanat contemporain.

Le retour en grâce de la teinture naturelle

Des projets du coin redonnent vie à cette plante. L’initiative « Au-delà du bleu » unit Amiens et Brighton. On voit enfin la waide Amiens refleurir dans nos champs picards.

Ses atouts écologiques pèsent lourd aujourd’hui. Contrairement aux colorants de synthèse, la waide est totalement biodégradable. Elle répond parfaitement à votre demande pour une mode plus responsable. C’est une solution saine, locale et qui dure.

Le pigment s’invite en cosmétique et en textile. Ce retour aux sources fait un bien fou.

Merci à Roger WADIER pour avoir retracé l’histoire de cette plante dans son livre« L’Or Bleu de Picardie » . Malheureusement aujourd’hui plus édité à l’heure où j’écris ces lignes, mais consultable à la bibliothèque d’Amiens. Ce qui m’a permis de faire mes recherches, non sans mal, sur ce bout d’histoire local.

Porter un bout d’histoire d’Amiens sur soi

J’utilise ce patrimoine pour créer des pièces uniques. Des pierres précieuses et créations conçues à Amiens. C’est une façon de porter l’histoire locale sur vous.

Je mise sur la durabilité et l’authenticité du fait main. Les pampilles oiseaux pour nous accompagner au quotidien.

Ne regardez plus la Picardie de la même manière. La waide est un trésor oublié à partager autour de vous. Allez jeter un coup d’œil à ces nuances bleutées si particulières.

De ses fleurs jaunes à la pierre de notre cathédrale, la waide a forgé l’âme picarde. Cet or bleu d’Amiens renaît aujourd’hui dans mes bijoux pour vous offrir un fragment d’histoire unique. Saisissez vite cette nuance légendaire : porter ce bleu, c’est faire vibrer le passé au présent.

Réponses aux questions fréquentes

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